Mobilisons nous avec Francis Hallé en faveur du jardin botanique « Les Cèdres »

Mobilisons nous avec Francis Hallé en faveur du jardin botanique « Les Cèdres »

 

« Les Cèdres », un nom de domaine assez commun en France, tant ces arbres furent à la mode dès leur introduction en 1734. Plantés dans toutes les belles propriétés, les cèdres expriment alors le statut social des propriétaires, perpétuant ainsi le symbole de puissance qui lui était déjà attribué dans l’Antiquité.

La villa « Les Cèdres » sur la presqu’île de Saint Jean Cap Ferrat, dans les Alpes Maritimes, relève, quant-à-elle, de l’exception. Considérée par les botanistes comme un des jardins botaniques majeurs en Europe, elle abrite l’une des plus importantes collections de plantes au monde. Entre 15.000 et 20.000 espèces végétales y sont conservées sur 14 hectares.

A titre de comparaison l’ensemble des divers sites du Museum National d’Histoire Naturelle à Paris, regroupe un peu plus de 7000 espèces. Quant au jardin des plantes de Montpellier, le plus vieux France et un des plus vieux d’Europe, il compte 3200 espèces sur ses 5 hectares. Seul le très victorien « Kew Garden », à Londres, dépasse « Les Cèdres » en diversité et superficie, réunissant 30 000 espèces sur 121 hectares.

Bien que l’histoire de cette collection botanique soit relativement récente, elle n’en est pas moins remarquable.

La villa, propriété du roi Léopold II de Belgique au début du XXe siècle, est un site enchanteur.

En 1924, Louis Alexandre Marnier-Lapostolle le célèbre inventeur du « Grand-Marnier », jette son dévolu sur ce site privilégié de la côte méditerranéenne que l’on appelait depuis peu la  « Côte d’Azur ».

Les macérations de plantes sont alors à la mode. Les amateurs raffolent de ce « Grand-Marnier » qui mari la force du cognac à la douceur du sucre et l’amertume de l’orange et font la fortune des Marnier-Lapostolle.

Le site est idéal pour cultiver des plantes exotiques.

Là, au cœur de la zone climatique de « l’oranger », tout est propice à la culture d’agrumes pour la sélection de variétés de bigarades (Citrus auriantum), les oranges amères qui sont au cœur de la composition de la liqueur que l’industriel vient de mettre au point.

On doit à Louis Alexandre Marnier-Lapostolle, passionné de botanique, le jardin dans sa forme actuelle, mais c’est son fils Julien, qui lui succède à partir de 1928, qui lui donne sa dimension mondiale. Épris de plantes tropicales, il passera sa vie à enrichir le jardin et agrandir les serres. Il résulte de cette passion des collections très rares, voire uniques au monde, de Bromeliaceae, Cactaceae et Crassulaceae tropicales, d’orchidées épiphytes, et la plus grande collection européenne de palmiers avec plus de 120 espèces.

Certaines espèces vivant aux «Cèdres», désormais disparues du milieu naturel, sont considérées comme des reliques d’une biodiversité tropicale irremplaçable.

Bien que privé et pratiquement méconnu du grand public, le jardin fut toujours ouvert aux botanistes, aux horticulteurs et associations d’amateurs de plantes.

En 1950, Roger de Vilmorin, célèbre horticulteur, témoigne : «On ne saurait trop louer la patience et les efforts que M. Marnier-Lapostolle a apporté dans la réalisation d’une œuvre aujourd’hui sans égale en France ni même, pour certaines spécialités, ailleurs dans le monde. Un volume entier de nos Annales pourrait être consacré à l’énumération et à la description des milliers d’espèces herbacées ou ligneuses qui croissent aux Cèdres, en pleine terre ou en serre.»

Julien Marnier-Lapostolle décède en 1976. Son épouse poursuivra son œuvre avec l’aide de René Hebding, chef de culture de très grand talent et d’une compétence inégalée, arrivé aux « Cèdres » en 1960.

Francis Hallé, Professeur de botanique de l’Université de Montpellier, spécialisé en écologie des forêts tropicales humides, s’est lié d’amitié avec René Hebding ; il fait de nombreux séjours dans le jardin. Pendant 25 ans, il y accompagne des botanistes de nombreux pays et des centaines d’étudiants, dont j’ai eu la chance d’être, au cours du traditionnel voyage annuel du labo dans les jardins de la Côte d’Azur.

Renée Hebding quitte « Les Cèdres » 2000.

Et après…

En 2016, la société «Grand-Marnier» dans le giron de laquelle se trouve «Les Cèdres», est vendue. Le groupe liquoriste italien «Campari» en devient propriétaire. Dès l’année suivante la villa et le jardin sont remis en vente. Une vente qui défraye la chronique du fait d’une mise à prix hors norme. Aussitôt la propriété a les honneurs de la presse comme étant la plus chère au monde. Les chiffres valsent et nous étourdissent : 1 milliard d’euro, puis 450 million, 350 million peut-être…

Une grande inquiétude se fait jour au sein de la communauté botanique concernant l’avenir du jardin.  Le contact avec les propriétaires est rompu.

Quelle place pour ces collections uniques dans une opération dont les enjeux financiers se concentrent autour de la valeur  immobilière du bien ?

Les botanistes de tous horizons, le monde des jardins, les professionnels du paysage, expriment alors leur crainte pour la pérennité de ces richesses biologiques. Une pérennité qui ne pourra être assurée que grâce à un investissement lui aussi hors norme, tant financier que scientifique. D’autant que l’Etat n’a pas vraiment pris de mesures de protection adéquates. Seul le site est classé au titre des paysages, obligeant le propriétaire à engager un plan de gestion.

Des associations décident de réagir.

Dès septembre 2016, l’association « Sauvons nos palmiers » est en alerte et décide de s’investir sur la question en ouvrant une discussion avec la direction régionale des affaires culturelles DRAC PACA pour envisager un possible classement au titre des Monuments Historiques. Envisageant aussi une pétition, une lettre ouverte aux présidents des collectivités territoriales, une action auprès du Parlement européen et la mobilisation des jardins botaniques français et italiens.

En 2017, l’association  « Les Fous de palmiers », branche française de l’I.P.S. (International Palm Society), édite un numéro spécial de sa revue, consacré au « Jardin des Cèdres », voulant ainsi manifester son attachement pour ce jardin botanique d’exception.

La presse se fait le relais de cette vague d’inquiétude.

Sous la plume de Vincent-Xavier Morvan, Le Figaro de janvier 2018  titre : « Le «Louvre de la botanique» en danger ! À Saint-Jean-Cap-Ferrat, la vente par la famille Marnier-Lapostolle du domaine des Cèdres menace la survie du plus grand jardin privé de plantes subtropicales en Europe. »

En juin 2018, Francis Hallé, décide à son tour de s’engager personnellement pour ce jardin qu’il a tant aimé. Il créé alors l’Association des amis du Jardin botanique “Les Cèdres” au Cap Ferrat  (Journal officiel n°0022 du 02/06/2018). Il en devient tout naturellement le président et j’ai l’honneur d’en assurer la vice – présidence (Secrétaire : Samuel Craquelin / Trésorier : Jean-Claude Combe). L’objet principal de l’association est d’obtenir l’assurance de la sauvegarde « Des Cèdres », ses jardins, ses serres et sa bibliothèque. L’association se donne aussi pour but de réfléchir à ce que pourrait être l’avenir des collections, à plus long terme.

Il s’agit donc de fédérer autour de Francis Hallé toutes celles et ceux qui sont attachés à ce lieu, à sa valeur botanique, et souhaitent l’exprimer.

Au delà des convictions personnelles de chacun, seule une rapide et forte mobilisation collective donnera à notre engagement sa légitimité et sa force.

Rejoignez nous  !

D’avance merci

Véronique Mure

Botaniste,

Vice-Présidente de l’Association des amis du jardin botanique « Les Cèdres » au Cap Ferrat.

En page jointe : Le courrier de Francis Hallé sur le Jardin Botanique Les Cedres,  le RIB Association, ainsi qu’un dossier de présentation : LES CEDRES_compressed.

 

L’illustration, mai 1932, © Marie Réal

 

©Véronique Mure – 1983

Les Cèdres ©Véronique Mure – 1983

Les Cèdres ©Véronique Mure – 1983

Les Cèdres ©Véronique Mure – 1983

Les Cèdres ©Véronique Mure – 1983

Les Cèdres ©Véronique Mure – 1983

Les Cèdres ©Véronique Mure – 1983

Les Cèdres ©Véronique Mure – 1983

 

Bibliographie

  • Francis Hallé, Gérard Escoubeyrou 2002 Vingt ans d’observation biologiques au jardin botanique Les Cèdres – Hommage à Julien Marnier-Lapostelle et  à René Hebding.  In : Le Journal de Botanique n°18 et19.
  • Francis Hallé, 2016 50 ans d’observations dans les jardins botaniques du monde,édition Muséo, 367 p.
  • Jean-Pierre Demoly 1999 Un jardin botanique d’exception, Les Cèdresédition Franklin Picard, 304 p.
  • Rauh, W; H Lehmann, J Marnier-Lapostolle, R Oeser 1979 Bromeliads for home, garden, and greenhouse dition Blandford Press 431 p. 55 planches.
  • Axel Proschowsky Le jardin d’acclimatation botanique de la villa Les Cèdres In : Revue horticole, 16 janvier 1937.
  • Roger de Vilmorin La flore exotique acclimatée sur la Côte d’AzurIn : Bulletin de la Société botanique de France, vol.97-1950, p.110 sq.
  • Albert Maumené Monographie sur le domaine des CèdresIn :Vie à la campagne, n°80 du 15 janvier 1910.
  • Louisa Jones, photos Vincent Motte 1993Splendeur des jardins de la Côte d’Azur, édition Flammarion, 212 p.
  • Norbert Parguel, photos François Bourdichon Le domaine des Cèdresune richesse botanique incomparable,In : Revue «Jardins de France», avril 2005
  • David Barry Glimpss of Bromeliads in Europe II,In the Bromeliad Society Bulletin , vol. IV, n°4, july-august 1954
  • Werner Rauh, Eulogy – Julien Marnier-Lapostolle, Journal of the Bromeliad Society, vol.XXVI, n°4, july-august 1976, pp156-162
  • Association Les Fous den Palmiers, Le Palmier n°90, mars 2017, numéro spécial sur le jardin de la villa Les Cèdres.

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