Sophie Calle, l’amour et les orties…

Sophie Calle, l’amour et les orties…

 

Paris, mercredi 31 janvier dans l’après-midi.

Dehors il pleut.

Voilà des mois qu’il pleut à Paris.

En décembre, les parisiens n’ont vu le soleil qu’à peine 40 heures.

Cela les rend ombrageux…

Dans quelques jours « Beau doublé, Monsieur le marquis ! », l’exposition de Sophie Calle au Musée de la Chasse, va fermer.

J’y vais enfin.

Pour diverses raisons personnelles le travail de Sophie Calle me touche.

Au premier étage du musée, sur une table basse, sous une tasse à café négligemment posée là, une lettre d’amour. « La » lettre d’amour, commandée par l’artiste à un écrivain public. Sept feuilles d’un papier un peu jauni, écrites à la plume.

Dans un cadre à proximité, un bout de phrase est mis en exergue par Sophie Calle :

« …moi, sans faire un geste, j’ai été partout où vous alliez… »

J’ai voulu en lire plus.

Seule la première page, posée au dessus des 6 autres feuillets, était lisible.

A ma grande surprise le texte était tout autre et les mots bien éloignés de ce que l’on croit être des mots amoureux.

Ils disaient ceci :

« Mademoiselle

Il y a dans le bas du village un tas de graviers que la commune a fait déverser là pour combattre le gel. Sous ce gravier, qui doit bien faire un mètre cube, il y avait (peut-être est-il encore vivant) un plant d’ortie qui s’était fixé là pour voir plus aisément passer la vie. Le coin était désert, avant qu’il s’y soit mis, mais dès qu’il fut quelque peu vert, une fleur de… »

Une fleur de quoi ?

Je cherche la suite.

Trois feuilles en dessous je repère le mot « souci ».

Oui ! Cela pourrait bien être une fleur de souci qui décide de venir pousser à côté d’un pied d’ortie.

C’est plausible.

Déjà j’imagine le paysage de ce bas de village. Un endroit peu frais où trainent des bout de ferrailles sur le bas côté du chemin. Le milieu de prédilection des orties, qui va bien aussi au petit souci sauvage…

Mais faut-il chercher quelque chose de plausible dans cette histoire ?

Une lettre d’amour qui parle d’ortie et de souci sauvage…

On dirait du Gilles Clément !

Cette lettre d’amour serait-elle en forme de jardin de résistance ?

Si l’on s’en réfère au langage des fleurs, le message est tout autre :

Prudence ou persuasion dit le souci, selon qu’il est jaune ou orange…

Cruauté dit l’ortie…

Mais il serait injuste de s’arrêter à ces symboles.

Plante aux mille vertus, l’ortie mérite bien mieux que cela.

Et puis, rappelons nous ce qu’en disait Galien, et avant lui Dioscoride, « prises en breuvage en vin cuit, les orties excitent au jeu de l’amour » …

 

Sophie Calle, love and nettles …

Paris, Wednesday, 31st January in the afternoon.

It’s raining outside.

It has been raining in Paris for months.

In December, Parisians saw the sun for only 40 hours.

This makes them touchy…

In a few days « Beau doublé, Monsieur le marquis! », Sophie Calle’s exhibition at the Hunting Museum, will close.

I finally go.

For various personal reasons the work of Sophie Calle touches me.

On the first floor of the museum, on a coffee table, under a coffee cup carelessly put there, there is a love letter. « The love letter” commissioned by the artist to a public scribe.  It is made up of seven sheets of yellowish paper written in pen.

In a nearby setting, one sentence is highlighted by Sophie Calle:

« …without making a move, I’ve been everywhere you went… »

I wanted to read more.

Only the first page, placed on top of the other 6 pages, was legible.

To my surprise, the text was very different and the words were very different from what we generally believe to be words of love.

They said this:

« Mademoiselle

At the bottom of the village there is a pile of gravel that the town council has poured there to fight the freeze. Under this gravel, of which there must be about a cubic meter, there was (perhaps it is still alive) a stinging nettle which set itself up there to watch life pass by more easily. The corner was deserted before it installed itself there, but as soon as it was there, there was some green, a flower of …

A flower of what?

I am looking for more.

Three sheets below I find the word « marigold ».

Yes! It could be a marigold flower that decided to grow next to a stinging nettle.

That is plausible.

I start to imagine the landscape of this village. A cool place where pieces of scrap metal hang along the side of the road. The favourite habitat for nettles, which is also an appropriate environment for the little wild marigold…

But should we be looking for something plausible in this story?

A love letter that talks about nettles and wild marigold…

It looks like something written by Gilles Clément!

Would this love letter be like the gardens of resistance?

If we refer to the language of flowers, the message is very different:

The marigold represents prudence or persuasion, as it is yellow or orange…

The nettle symbolises cruelty…

But it would be unfair to stop at these symbols.

A plant with a thousand virtues, the nettle deserves much better than that.

And so, let us remember what Galen and Dioscorides before him said: « taken in a drink with cooked wine, nettles excite the game of love »…

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