Ce delta que l’on appelle « Camargue ».

Ce delta que l’on appelle « Camargue ».

Les terres de Camargue ne renferment pas de galets comme la Crau sèche qui la jouxte. On y rencontre beaucoup d’eau, des marais, des sansouires, des roselières, et surtout des plantes gorgées de sel. Halophiles ou halophytes selon qu’elles ont besoin du sel ou le tolèrent simplement.

Des paysages où rien n’arrête la lumière. Vaste étendue plate à perte de vue, entre les bras du Rhône.

La Camargue c’est aussi et peut-être surtout une richesse biologique remarquable, une diversité floristique de plus de 1000 espèces de plantes supérieures, sans parler de ces milliers d’oiseaux qui l’ont choisi comme halte migratoire (plus de 150 000 oiseaux y transitent chaque année).

Derrière le cordon sableux, séparant les étangs de la mer, poussent les salicornes, les soudes, l’obione et les saladelles qui constituent un paysage unique à la fois sec et coriace, vert tendre au printemps, déjà rouge au mois d’août. C’est la sansouire, désertique en été, régulièrement inondées en hiver par les étangs qu’elle borde. Et pour autant cette eau gorgée de sel n’est pas disponible pour la végétation. Le milieu salé ressemble à un désert.

étang des launes © V Mure

Pour faciliter l’absorption de l’eau, les plantes pompent aussi un peu de sel, afin de rapprocher la salinité interne de celle du milieu extérieur. Un sel dont elles évacuent ensuite l’excédant, selon des recettes qui sont propres à chaque espèce. Les saladelles l’excrètent grâce à des cellules spécialisées situées sur la face interne de leurs feuilles, qui apparaissent alors blanchies de cristaux. Les salicornes le stockent dans les parties les plus âgées de ses rameaux articulés, qui, devenus rouge presque pourpre, finiront par se détacher de la plante.

SALICORNE © V Mure

Salicornes, soudes, et obiones ont en commun d’appartenir à la même famille : les Chénopodiacées. Une famille de plantes habituées à vivre dans des milieux difficiles. Une famille de plantes nitrophiles,chénopodes et arroches des jardins , qui aiment les terres riches en nitrates (les sels d’azote) des jardins et bords de champs.

Les Soudes, évidemment, doivent leur nom à leur forte teneur en soude (NaOH). Suivant les espèces, elles contiennent de 15 à 30 % de carbonate de soude dont on faisait autrefois l’objet d’un commerce intensif. Elles furent largement cultivées en Camargue, du XIIIe au XIXe siècles, pour la fabrication du savon et du verre. Les fours rustiques des verriers de l’époque n’atteignaient pas les températures nécessaires à la fusion de la silice, aussi avait-on recours à la soude obtenue par incinération de divers types de plantes pour abaisser le point de fusion.

SOUDE © V Mure

La Camargue c’est aussi les vastes paysages où les roseaux s’étendent à perte de vue. Les roselières caractéristiques des bords d’étangs, à l’eau douce à légèrement saumâtre. Le roseau (Phragmites communis,) appelé localement sagne, est la plante dominante, voire exclusive, de cet habitat, notamment en Petite Camargue. L’exploitation des roselières, entre autre pour la confection de toitures, permet le maintien de leur rôle écologique auprès d’une avifaune spécifique (Héron pourpré, Butor étoilé, Blongios nain, Busard des roseaux, Passereaux paludicoles) qui les utilisent pour la reproduction et comme zones exclusives de nourrissage.

SAGNE5 SAGNE6 SAGNE © V Mure SAGNE © V Mure cabanes © V Mure cabanes © V Mure cabanes© V Mure

Mais qui d’autre peut, mieux que Frédéric Mistral, parler des paysages de camargue ?

« Sous les feux que juin verse,

Comme l’éclair, Mireille court, et court, et court !

De soleil en soleil et de vent en vent, elle voit

Une plaine immense : des savanes

Qui n’ont à l’œil ni fin ni terme ;

De loin en loin, et pour toute végétation,

De rares tamaris … et la mer qui paraît…

Des tamaris, des prêles,

Des salicornes, des arroches, des soudes,

Amères prairies des plages marines,

Où errent les taureaux noirs

Et les chevaux blancs joyeux.

Ils peuvent là librement suivre

La brise de mer tout imprégnée d’embrun.

La voûte bleue où plane le soleil

S’épanouissait, profonde, brillante,

Couronnant les marais de son vaste contour ;

Dans le lointain clair

Parfois un goéland vole ;

Parfois un grand oiseau projette son ombre,

Ermite aux longues jambes des étangs d’alentour.

C’est un chevalier aux pieds rouges ;

Ou un bihoreau qui regarde, farouche,

Et dresse fièrement sa noble aigrette,

Faite de trois longues plumes blanches…

Déjà cependant la chaleur énerve… »

TAMARIS © V Mure

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