Je suis né à Olympie

Je suis né à Olympie

 

Je suis né à Olympie

J’ai fait mes premiers pas sur la poussière millénaire sous l’ombre grandiose des ruines sacrées.

J’ai joué dans le stade antique, sur la terre foulée par les dieux et les héros.

J’ai entendu les pierres raconter au vent les mythes et les légendes.

Sous la lumière pâle et reposante du soleil couchant ou dans l’éclat du soleil de l’été,

Mes yeux innocents considéraient comme naturelle la beauté indicible des statues et des monuments.

Naturel comme le mouvement de la mer et l’odeur des pins.

L’Hermès de Praxitèle. La Victoire de Paionios. Le Temple d’Héra. L’Autel de Zeus.

Et dans mes rêves j’ai vu la Victoire me couronner d’un rameau d’olivier sauvage.

Je suis né à Olympie !

Et dès mes premiers pas, je me heurte à l’histoire.

Les statues m’ont appris la beauté et m’ont enseigné la sérénité.

Je perçois avec mes doigts le toucher de Praxitèle sur les pierres.

Je caresse les colonnes lézardées et vois le soleil avec des yeux nouveaux.

Un jour, ici, s’est battu Heraclès.

Un jour, ici, a marché Diagoras.

Un jour, ici, est né l’Esprit Olympique.

La flamme sacrée s’est allumée et l’humanité s’est couverte de lumière.

Et la voie qui mène à l’humanisation de l’homme s’est ouverte.

Georges Séféris

Discours de remise du prix Nobel de Littérature (1963).

Ils sont 2 commentaires

  1. veronique

    Oui, un très beau moment. Un de ces moments dont tu ne sais pas exactement comment ils naissent. Magie du lieu, force du texte… Magie du texte, force du lieu… Il faut que tu ailles visiter le jardin de l’Abbaye du fort St André à Villeneuve-les-Avignon, si tu ne le connais pas. Il te plaira. Je t’embrasse


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