C’est la Sainte Catherine, si on parlait des « racines » ?

C’est la Sainte Catherine, si on parlait des « racines » ?

A peu près tout le monde sait que les racines poussent sous terre. Au moyen âge la consommation des légumes racines, croissant dans l’ombre, était réservée aux populations pauvres alors que les légumes feuilles, poussant au soleil était le privilège des riches….

Tout le monde sait aussi qu’elles ont deux fonctions essentielles pour la plante :

  • son encrage au sol (rôle des racines de structure ou racines longues)

  • l’assimilation de l’eau et des sels minéraux (rôle des racines fines dont on reparlera)

Jusque là rien de nouveau.

Alors que dire des racines que l’on ne sache déjà ?

Revenons sur la croissance des racines. On se pose rarement la question de savoir, alors que l’appareil végétatif, défiant les lois de la gravité, pousse vers le haut, pourquoi l’appareil racinaire prend le chemin inverse et trace sa route en s’enfonçant au plus profond de nos sols.

Au fait pourquoi les racines poussent elles vers le bas ?

Ce mécanisme est des plus simples et trouve son explication dans la coiffe racinaire qui contient des cellules (sous forme de grains d’amidon) spécialisées dans la perception de la gravité : les statocytes.

Par ailleurs si la majorité des racines sont souterraines, certaines se prennent de fantaisie à pousser à l’air libre… Assez rare sous nos climats tempérés (le lierre est un exemple), la végétation tropicale nous fournit de nombreux exemples de plantes à racines aériennes (les racines échasses des palétuviers, les contreforts du fromager, figuiers, orchidées épiphytes…). A l’inverse, certains organes souterrains n’ont pas toujours valeur de racine… mais de tige, les rhizomes et les tubercules par exemple, ou encore de feuilles comme les bulbes…

Les racines ont elles des feuilles ?

Pascal Cribier, paysagiste français, avait fait de cette question le titre de l’exposition qui lui était consacrée à l’Espace Electra en 2007. Pour y répondre il fit appel à Francis Hallé. Celui ci démontrait dans un texte basé sur ses observations que l’on peut assimiler les racines fines des arbres, spécialisées dans l’exploitation du sol et l’absorption de l’eau et des sels minéraux, à des feuilles. Ces racines n’ont pas plus d’une dizaine de centimètres de longueur, une vie courte, parfois réduite à quelques semaines, elles ne se lignifient pas et leur diamètre n’augmente jamais, nou sdit Francis Hallé. A l’automne, lorsque le feuillage aérien tombe, toutes les racines fines meurent, se dessèchent et disparaissent. Au printemps, lorsque les bourgeons aériens redémarrent dans la cime des arbres, de nouvelles racines fines se mettent en place…

Les meilleures alliées des racines (et des jardiniers) : les mycorhizes !

Cela dit, des études également récentes montrent que les racines fines des arbres ne font qu’une toute petite partie du travail d’absorption des éléments nutritifs et de l’eau nécessaire aux plantes.

Dans leur très grande majorité (90%), les plantes ont leurs racines intimement associées avec des champignons du sol. C’est la mycorhization. Les recherches actuelles montrent que l’échange réciproque entre les racines et les champignons (endomycorhize pour 80% des végétaux terrestres et ectomycorhizes pour 5% mais dominant dans nos forêts européennes), revêt une importance capitale pour la plante. Les mycorhizes assurent la plus grande partie de l’absorption de l’eau et des sels minéraux. Ils assurent également une protection de la plante contre les maladies. En région tropicale la longueur des filaments du mycélium (hyphes) qui se développent autour de la racine peut atteindre 200 à 1000m pour 1cm de racine (Sylvia 1986) et s’étaler jusqu’à une distance de 6 à 9m de la racine (Dodd 1994). On peut comprendre qu’en étendant ainsi les capacités d’absorption de la plante, la mycorhization stimule fortement sa croissance. Chez l’arganier par exemple la mycorhization augmente de 3 à 4 fois la matière sèche formée tout en diminuant de 40 à 50% la rapport partie aérienne / partie racinaire (Nouaïm et Chaussod 1994).

On voir bien ici l’impérieuse nécessité de ne pas déséquilibrer ces associations par des travaux du sol trop profonds voire même la nécessité de faire revivre un sol épuisé avec les mycorhizes… Le BRF (Bois raméal fragmenté) fait parti des solutions à la disposition du jardinier (cf trucs et astuces du jardin écologique).

Des racines qui reconnaissent leur parentèle…

Si la croissance de la partie végétative des plantes est stimulée par la mycorhization, la croissance des racines est stimulée par la présence de plantes qui leurs sont étrangères,dans leur entourage proche. Un article de « Futura science », daté de 2007, relate l’expérience menée par des chercheurs canadiens sur la Roquette du Canada, Cakile edentula. Mise dans différentes situations, cette plante sait si ses voisines sont de la même espèces ou non. En résulte une croissance différente du système racinaire… Les racines des plantes élevées au sein de ses congénères ont un développement réduit par rapport à celles poussant parmi d’autres plantes, où la le système racinaire est plus développé…

Mais comment font elles pour reconnaître leur parentèle ? Les scientifiques pensent que des marqueurs chimiques, des protéines par exemple, pourraient être présents dans le sol et servir de signal de reconnaissance…

Est ce pour cela qu’un proverbe africain dit : « dans la forêt, quand les branches se querellent, les racines s’embrassent… » ?

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