Jardiner la Terre avec d’autres pratiques

Jardiner la Terre avec d’autres pratiques

« Aussi longtemps que j’ai été un spectateur lointain et distrait du travail des jardiniers, je considérais ceux-ci comme des personnes d’un esprit particulièrement poétique et délicat qui cultivaient le parfum des fleurs en écoutant le chant des oiseaux. Aujourd’hui que je vois la chose de plus près, je me rends compte qu’un vrai jardinier n’est pas un homme qui cultive les fleurs : c’est un homme qui cultive la terre, c’est une créature qui s’enfouit dans le sol, laissant le spectacle de ce qui est en dessus à nous, les badauds, bons à rien. Il vit enfoncé dans la terre. Il se bâtit un monument en amoncelant de la terre. S’il arrivait au jardin dit Paradis, il reniflerait d’un air extasié et, dirait :  » Bon Dieu, ça, c’est de l’humus !  » (1)

Les jardins de la Bigotie s’engage à jardiner la Terre avec d’autres pratiques.

Pour aller au bout de notre engagement nous avons bien sur banni de notre panoplie de jardiniers les herbicides, pesticides, et autres polluants notoires, « jamais, jamais, jamais un désherbant… jamais, jamais un produit pour tuer les insectes » (2). Nous les avons remplacés par de l’huile de coude et des pratiques de lutte raisonnée.

Tout a commencé par une visite de Jean Marie Lespinasse, spécialiste des pommiers et de leur mode de conduite, un jour de printemps. Une vrai révolution dans le verger…. A partir de ce jour là nous n’avons plus biné mais paillé le pied des arbres, plus traité contre les pucerons mais installé des colliers de glu le long des troncs et pendu des fagots de bois creux dans les branches et surtout, nous n’avons plus taillé mais laissé aux arbres la liberté de leurs formes. Ainsi, étendant sans gène leur rameaux, chacune des quarante variétés exprime une architecture qui lui est propre.

Nous nous sommes alors dit avec satisfaction que « regarder pourrait bien être la plus juste façon de jardiner… »(2)

Sur ces reliefs vallonnés, aux sous-sols calcaires – du calcaire de Monbazillac – c’est une terre argilo-calcaire qui domine. Mais le sol est ici, comme partout ailleurs, épuisé par des siècles d’agriculture. Il nous a semblé primordial de le laisser se reposer, voire même de le reconstituer par endroit, de lui redonner vie.

Redonner vie au sol, c’est aussi améliorer les conditions de croissance du système racinaire et ses performances, au profit de la plante toute entière. Vers de terre et microflore ont, entres autres, un rôle important dans cette dynamique. Si l’action bénéfique des vers de terre pour l’aération du sol et l’amélioration de sa structure est bien connue, celle des champignons recèle encore sa part de mystère. Dans leur très grande majorité (90%), les plantes ont leurs racines intimement associées avec des espèces fongiques. La mycorhization, échange réciproque entre les racines et le mycélium des champignons, revêt une importance capitale pour la plante. Les mycorhizes assurent la plus grande partie de l’absorption de l’eau et des sels minéraux. Elles assurent également une protection de la plante contre les maladies. On comprend bien alors l’impérieuse nécessité de ne pas déséquilibrer ces associations par des travaux du sol trop profonds voire même la nécessité de faire revivre un sol épuisé en favorisant les mycorhizes.

Pour cela compost, cendres de bois, paillage, bois raméal fragmenté… font partis de notre panoplie de fertilisation du sol lorsque nécessaire. Ces apports de surface sont fait sans retournement du sol pour ne pas désorganiser la vie microbienne et la faune des couches superficielles. Fréquemment renouvelés et diversifiés, ils deviennent,en se décomposant, un lieu d’intense activité biologique.(3)

Nous avons donc fait notre la pratique du Bois Raméal Fragmenté (BRF). Classé par les chercheurs dans la catégorie des “aggradeurs”, le BRF est en mesure d’impulser la régénération des sols.

Rameaux de noisetiers, chênes, figuiers, saules, pruniers, sureaux… issus de la taille des haies le plus souvent, passent au broyeur puis sont épandus et incorporés aux premiers centimètres du sol. Une chaine complexe se déroule alors, depuis l’apparition de champignons jusqu’aux vers de terre. C’est un véritable “transfert de fertilité” qui s’opère, avec un grand nombre d’avantages, parmi lesquels la suppression d’apports d’engrais de synthèse, et la limitation de l’arrosage. Exploité depuis longtemps au Canada, cette technique se développe depuis peu en France, à la faveur du développement des pratiques de cultures éco-responsables.

Des apports de BRF sur les plates bandes fleuries, aux pieds rosiers, des haies de petits fruits et aussi des vignes, ont permis à tous ces végétaux de passer des étés sans problème avec peu d’apport en eau. Fort de ces résultats encourageants, ce sont toutes les plantations des jardins de la Bigotie qui en bénéficient désormais, en fonction de nos capacités d’approvisionnement, et exception faites des prairies fleuries qui s’accommodent d’un sol plutôt pauvre.

Dans le même temps nous avons abandonné l’extravagante idée de « faire propre »… Si chacun de nous arrêtait de ratisser les jardins en plein été, d’enlever les feuilles qui tapissent le sol pour faire propre, nous rendrions certainement un grand service au sol et à la végétation…

Ext « Les jardins de la Bigotie, petit traité de biodiversité appliquée » Véronique Mure, éd. Atelier Baie, 2010.

 (1) Karel Čapek, L’année du jardinier. Ed. 10/18, 1929.

 (2) Gilles Clément, Vidéo Café jardin de Paris, 17 décembre 2007.

 (3) Jean Marie Lespinasse, Le jardin naturel. Ed. Du Rouergue, 2006

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