Urbanisme et feux de forêt : Reconsidérer les limites pour apaiser l’avenir de nos paysages méditerranéens.*

Urbanisme et feux de forêt  : Reconsidérer les limites pour apaiser l’avenir de nos paysages méditerranéens.*

 

Le constat est partout le même, les villes s’étalent ! Et même de façon galopante dit-on.

Et pourtant, paradoxalement, leurs limites, telles que perçues par les habitants se rétrécissent. Avant la seconde guerre mondiale, les habitants situaient ces limites dans les terres, « loin du cœur du village », matérialisées par les exploitations agricoles qui encerclaient la ville. Aujourd’hui, la population les matérialise plus que par les routes ou les nouvelles constructions entourant le noyau urbain.

« Avant le village s’arrêtait dans les terres. On a connu là le mas de Maîstre en sortant.

Et aujourd’hui quelles sont les limites du village ?

Elles s’arrêtent aux dernières maisons.

Ca s’arrête au nouveau lotissement. »

Dans le même temps, les habitants ont globalement du mal à situer les limites actuelles, du fait d’une expansion trop rapide, avec des formes urbaines infranchissables, fragmentant très fortement l’espace, et tournant radicalement le dos aux espaces naturels et agricoles. Pour les habitants ce constat s’accompagne aussi d’un sentiment de disparition des paysages ruraux.

Les limites de l’action des élus locaux en région méditerranéenne sont dans la droite ligne de la perception des habitants. Focalisés sur leur compétence en urbanisme, seule compétence opérationnelle en matière d’aménagement des territoires communaux ou intercommunaux, une majorité d’élus ne pensent l’évolution de leur(s) commune(s) qu’en terme de construction et d’équipements structurants. Et s’ils voient la « ville » venir flirter avec l’espace naturel, ils ne voient pas la forêt se rapprocher de la ville, par l’enfrichement des espaces autrefois agricoles. Un enfrichement souvent accompagné par une extension massive du pin d’Alep. Du fait de cette croissance urbaine d’une part et de l’abandon progressif de l’activité agricole, d’autre part, zones urbaines et zones naturelles se trouvent ainsi de plus en plus souvent au contact l’une de l’autre. Les espaces agricoles, forestiers et urbains s’interpénètrent et forment des territoires plus ou moins complexes. Ce sont ces interfaces habitat – forêt, que les élus n’ont souvent pas vues arriver, qui constituent des zones particulièrement vulnérables aux incendies (risque subi), et où, les éclosions d’incendies sont potentiellement plus importantes, du fait des activités humaines à risque au contact d’une végétation inflammable et combustible, (risque induit)[1].

A partir de là, c’est sous la contrainte des services de l’Etat et des services de secours, que les élus communaux et intercommunaux vont intégrer le risque incendie de forêt, à travers la mise en conformité de leur document d’urbanisme avec un éventuel Plan de Prévention des Risques Incendie de forêt – PPRiF, ou la charge de l’application des Obligations Légales de Débroussaillement par les particuliers. OLD réglementées par arrêté préfectoral, qui sont financièrement lourdes à assumer pour tous, et qui, ne prenant pas en compte le type de milieu dans lequel elles sont mises en oeuvre, peuvent avoir au final un impact négatif sur l’évolution des écosystèmes méditerranéens, bloquant la dynamique des milieux.

Enfin, si les Plans Départementaux de Protection des Forêts Contre l’Incendie – PFCI prévoient la défense des espaces naturels, tout comme celle des biens et des personnes, contre les incendies, force est de constater que les services de lutte se concentrent prioritairement sur la protection des seconds, au détriment des premiers. Constituant là encore un biais dans les politiques d’aménagement.

N’y a-t-il pas moyen, en reconsidérant ensemble les limites de la ville, d’aboutir à une compréhension mutuelle des enjeux d’urbanisation raisonnée, de protection des espaces naturels, et de développement agricole.

L’établissement de coupures de combustible, lignes de lutte établies contre les grands feux, en particulier ceux qui échappent à la stratégie d’intervention sur feux naissants, dans des endroits stratégiques sont, de mon point de vue, un début de réponse.

Une coupure de combustible est une bande aménagée entre deux zones d’ancrage, peu sensibles aux incendies d’espaces naturels (zone agricole par exemple), contribuant au cloisonnement du massif, et traitée de telle sorte que la course du feu y soit ralentie, voire stoppée.

Sur ces espaces, préalablement identifiés, des éleveurs ou des agriculteurs participent, par leurs pratiques, au contrôle de l’embroussaillement et bénéficient en retour de Contrats d’Agriculture Durable. Les pratiques agro-sylvo-pastorales contribuent à sécuriser le territoire, tout en diminuant les coûts d’entretien des équipements DFCI.

Sur le territoire gardois où un programme « coupure de combustible » est en place depuis une dizaine d’année, six mesures avaient été retenues dans l’enjeu risque d’incendie de forêt pour le versement d’aides : trois concernaient les activités pastorales, deux les activités agricoles, et la dernière l’agroforesterie.

Pourquoi ne pas étendre cette politique aux interfaces habitât-forêt en région méditerranéenne, pour en faire des territoires de projets, promouvant à la fois l’agriculture péri-urbaine et le sylvo-pastoralisme, voire l’agroforesterie tout comme les activités de loisir pour les populations urbaines.

Il est temps de changer de paradigme, de sortir d’une posture de défense, d’une attitude guerrière, et de proposer un projet permettant d’envisager un avenir apaisé pour les paysages méditerranéens.

Phot Véronique Mure

* Texte de la « causerie » de Véronique Mure à l’occasion de Gondwana 2014 « Les plantes en feu » au Domaine du Rayol. 

[1] « NimetPaslefeu! ! Un outil d’aide à la décision pour la prévention des incendies dans le milieu périurbain nîmois » Bourgeois, M., Mémoire Pour l’obtention du diplôme d’ingénieur agronome de l’Institut National Agronomique Paris-Grignon, sept 2006.

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