La Camargue, mirage sud, par Jacques Maigne.

La Camargue, mirage sud, par Jacques Maigne.

Ce texte est extrait de l’ouvrage « De garrigues en Costières – Paysages de Nîmes Métropole », Textes de Jacques Maigne – Photos de Gilles Martin-Raget, Actes Sud, 2005. Il est publié ici en hommage à mon ami Jacques dont j’aimais tant la plume, le verbe et la chaleur humaine.

« Saint-Gilles, 12000 habitants, et un territoire comparable à celui de Nîmes (15000 hectares), est d’abord puits de mémoire. Colonie grecque de Marseille, elle fut surtout le siège d’une abbaye rayonnante, fondée au VII° siècle par Saint-Gilles, l’une des grandes étapes des pèlerins en route pour Saint-Jacques de Compostelle, et aussi port d’embarquement (via le Rhône) pour les premières croisades, avant d’être supplantée par Aigues-Mortes. A mi-chemin de Nîmes et d’Arles, soudée à la Camargue qui s’épanouit à ses portes, centre des activités fruitières et viticoles de la Costière qui l’enveloppe, port fluvial en essor grâce à ses quais aménagés sur le canal du Rhône à Sète, Saint-Gilles incarne à elle seule une facette originale de la mutation en cours. Après une longue période de doutes, d’inquiétude, ou même de crispation sociale, la petite ville semble avoir retrouvé un brin d’optimisme. Une forme de sérénité. Le tourisme, apparemment, y joue un rôle moteur. Joyau de l’art roman inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco dans le cadre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, la célèbre abbatiale attire à elle-seule nombre de visiteurs. Mais il y a aussi le musée de la Maison Romane, le marché coloré du dimanche ou de nombreux spectacles taurins (et même une feria tauromachique) qui drainent des foules de curieux. Et en été, elle récolte les fruits de l’aura touristique du delta du Rhône.

La Camargue, oui, voilà son horizon, son territoire intime, son eden secret. Saint-Gilles est bien en lien direct, organique, avec Nîmes, sa capitale commerciale ou administrative, et se nourrit depuis toujours des richesses agricoles des Costières. Ses rêves, pourtant, sont ailleurs, plein sud, vers cette plaine basse et sauvage cernée de roubines où les iris sauvages font des tâches jaunes parmi les joncs et les roseaux. On est encore loin de la mer, loin aussi du berceau gris vert de l’étang du Vaccarès où nichent des colonies d’oiseaux. Vers la rive droite du Petit Rhône, aux lisières de l’étang du Scamandre où ondulent sans fin les étendues de sagne, le damier des rizières qu’on vient juste d’immerger scintille sous le soleil. Un héron cendré s’envole lourdement. Un ragondin se glisse dans l’eau sombre. Les taureaux d’une manade cherchent l’ombre des tamaris. Et un adolescent, au galop sur son cheval blanc, soulève la poussière d’un chemin. Beau comme un dieu. 

Il n’y a pas de Petite Camargue qui tienne… Il y a une même et seule Camargue, là où le delta du grand fleuve a façonné à sa guise un territoire entre deux eaux, deux terres, deux ciels, et qui n’a jamais cessé de nourrir la mélancolie des hommes. On est au bout de la route, et tout devient imprécis, flou, tremblant, dans un silence où seuls se glissent de loin en loin un chant d’oiseau, l’écho d’un moteur, le souffle du vent parmi les joncs. On est redevenu piéton solitaire, enfant des origines, soudain intimidé par la force et la beauté dépouillée du monde du delta. Aux antipodes de la garrigue et de ses coulées de pierre sèche, le territoire de Nîmes Métropole semble maintenant se diluer, se liquéfier, dans le mirage camarguais. Comme s’il avait déjà pressenti la présence proche de la mer. La fin du voyage… « 

Jacques Maigne, 2005

© Gilles Martin Raget in « De garrigues en Costières – paysages de Nîmes Métropole », Actes Sud, 2005
© Gilles Martin Raget in « De garrigues en Costières – paysages de Nîmes Métropole », Actes Sud, 2005
© Gilles Martin Raget in « De garrigues en Costières – paysages de Nîmes Métropole », Actes Sud, 2005
© Gilles Martin Raget
© Gilles Martin Raget in « De garrigues en Costières – paysages de Nîmes Métropole », Actes Sud, 2005
© Gilles Martin Raget in « De garrigues en Costières – paysages de Nîmes Métropole », Actes Sud, 2005
© Gilles Martin Raget in « De garrigues en Costières – paysages de Nîmes Métropole », Actes Sud, 2005
© Gilles Martin Raget in « De garrigues en Costières – paysages de Nîmes Métropole », Actes Sud, 2005
© Gilles Martin Raget in « De garrigues en Costières – paysages de Nîmes Métropole », Actes Sud, 2005
© Gilles Martin Raget in « De garrigues en Costières – paysages de Nîmes Métropole », Actes Sud, 2005

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