Jamais je ne m’habituerai au printemps.

Jamais je ne m’habituerai au printemps.

 

Jamais je ne m’habituerai au printemps.
Année après année, il me surprend et m’émerveille.
L’âge n’y peut rien, ni l’accumulation des doutes et des amertumes.
Dès que le marronnier allume ses cierges et met ses oiseaux à chanter,
mon coeur gonfle à l’image des bourgeons.
Et me voilà de nouveau sûr que tout est juste et bien,que seule notre maladresse a provoqué l’hiver
et que cette fois-ci nous ne laisserons pas fuir l’avril et le mai.
Le ciel est lavé, les nuages sont neufs,
l’air ne contient plus de gaz de voitures,
on ne tue plus nulle part l’agneau ni l’hirondelle,
tout à l’heure le tilleul va fleurir et recevoir les abeilles,
les roses vont éclater et cette nuit le rossignol chantera
que le monde est une seule joie.
Tout recommence avec des chances neuves et, cette fois, tout va réussir.
J’ai un an de moins que l’an dernier.
Non, pas un an, toute ma vie de moins. »

René BARJAVEL in « la faim du tigre »

© Véronique Mure
Marronier d’Inde Aesculus hippocastanum ©Véronique Mure
Tilleul Tillia cordata ©Véronique Mure

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