Avril, le temps des lilas…

Avril, le temps des lilas…

 

Autour de la maison, les lilas bleus embaument,

Et les près sont unis, et les pommiers en fleur

Secouent dans le vent un si suave arome…

La grâce du printemps pénètre dans mon cœur…

Sybil (Elsa koeberlé) 1906

 

Merci à  Pierre Belon, naturaliste-voyageur français du XVIe siècle grâce à qui nous profitons du lilas (Syringa vulgaris) dans les jardins d’avril. Il en organisa l’introduction en France en 1550.

Il faut bien dire que les botanistes européens du XVIe, les Pierre Belon, Augier Ghislain de Busbecq, Charles de l’Ecluse ou encore Joseph Pitton de Tournefort le siècle suivant… qui partirent à la découverte du monde Ottoman de Soliman le Magnifique, et de toutes ces plantes décrites par Théophraste ou Dioscoride dont ils avaient étudié les écrits sont à l’origine de la découverte de bien des plantes qui nous sont aujourd’hui familières. Nous leur devons la tulipe, et maintes autres bulbeuses, l’arbre de Judée, le platane, le marronnier… et le lilas.

En 1546, Pierre Belon faisait partie de la délégation plénipotentiaire que François Ier avait envoyée auprès de Soliman le Magnifique. Il était le savant du groupe. Il est l’un des premiers à être à la fois naturaliste et voyageur, préparant l’ère des contributeurs de ce qui deviendra deux siècles plus tard le Muséum national d’histoire naturelle installé par le Comte de Buffon. C’est en flânant dans les jardins du Sultan qu’il tombera en arrêt devant le lilas. Il prépare alors un mini-complot diplomatique pour en faire parvenir des graines et des boutures en France. Ce qui sera fait cinq ans plus tard, en 1550, grâce à la « valise diplomatique » du nouvel ambassadeur.[1]

Son nom commun vient de l’arabe « lîlak », lui-même issu du persan nîlak, qui signifie bleuté (dérivé de l’adjectif nil= bleu). Son nom scientifique, Syringa, lui a été donné par Linné en 1753, ses tiges creuses des pousses évoquant celles du roseau (syringias)ou des seringues (syringa). Son bois à grain fin et homogène convient aux graveurs et aux tourneurs ; on en fait des pipes en prenant le coeur de vieux sujets.

C’est une Oleaceae, la famille des oliviers, des jasmins, des frênes, des filaires, des troènes ou encore des forsythias. Tous ces genres se caractérisent par des fleurs, souvent petites et disposées en en grappe terminales, à 4 pétales soudés et des feuilles opposées.

Un petit arbre facile et très florifère, dont l’entretien peut se résumer à la confection de bouquets…

On l’a compris, la couleur est la grande affaire des lilas.

C’est à ses fleurs printanières que le lilas doit son succès. Victor Lemoine, le célèbre horticulteur nancéen fut l’un des premiers à créer des cultivars à fleurs doubles et couleurs variées à partir de 1870. En 1905, le Répertoire de couleurs de la Société des Chrysanthémistes donne vingt nuances de couleur lilas, réparties entre Lilas violacé, Lilas, Lilas saumoné, Lilas de Perse, et le Lilas rougeâtrequi finit par tirer sur les Vieux-rose…[2]

A cela il faut ajouter une odeur envoûtante, aux fragrances douces et printanières. Mais contrairement à la rose, le parfum du lilas n’est guère sorti du jardin et de la maison, sa distillation ne donnant quasiment rien. Son effluve est recréé par les parfumeurs en laboratoire à l’aide d’autres ingrédients, exhalant un parfum doux, tantôt vert, floral, amandé, poudré, muguet, voire plus épicé.

Dans le langage des fleurs, le lilas symbolise la beauté juvénile et les premières émotions amoureuses. S’il est blanc c’est l’innocence, la pureté, la jeunesse. S’il est mauve en revanche, c’est l’amour naissant, les premiers pas vers le tortueux et languissant chemin de la passion…

En Perse, on avait coutume d’offrir une branche de lilas à un amant auquel on voulait signifier en douceur la fin de la relation. Aux États-Unis, offrir du lilas à une jeune fille est supposé la maintenir célibataire toute l’année durant ! En Angleterre, le lilas jouit d’une triste connotation : on raconte que ramener dans une maison du lilas blanc porterait malheur. Peut-être est-ce lié au fait que cette fleur était utilisée dans les cérémonies funéraires…[3]

Brassens s’en est-il inspiré pour écrire « les lilas » ?

Quand je vais chez la fleuriste

Je n’achèt’ que des lilas

Si ma chanson chante triste

C’est que l’amour n’est plus là

Peint par de nombreux artistes, chanté par de nombreux poètes, de Louis Aragon à Barbara,en passant par Jean Ferrat, Guy Béart, Hugues Aufray, … le lilas traine avec lui un petit air de nostalgie.

 

 

[1]Vadrot, C.M., Pierre Belon, l’homme qui rapporta en France le lilas, le platane et quelques herbes euphorisantes.24 mai 2009

[2]Dauthenay, H. ,Répertoire de couleurs pour aider à la détermination des couleurs des fleurs, des feuillages et des fruits : publié par la Société française des chrysanthémistes et René Oberthür , vol. 1, Paris, Librairie horticole, 1905

[3]Langage des fleurs, interflora

« Lilas, temps gris » Claude Monnet

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