Quand le train m’emporte vers Marseille

Quand le train m’emporte vers Marseille

 

Sous le soleil rasant d’un petit matin de novembre, le train de 8h06 file vers Marseille. Les kilomètres défilent sans que je n’y prête garde.  A l’approche de la cité phocéenne, je relève la tête happée par la lumière qui inonde les campagnes, éclairant d’une couleur chaude oliviers, prairies, haies de cyprès, allées de platanes et même les zones industrielles encombrées de grandes cheminées qui crachent une fumée dont on sait très bien qu’il ne faut pas se fier à la blancheur de leur panache.

Ce territoire singulier, tout en contraste, c’est bien Marseille.

J’ai beau savoir la pollution, l’insalubrité, la solitude, la misère… cette relation à la lumière, à l’eau, à la roche, au brassage… me séduit toujours.

C’est beau !

Les premières lueurs du jour jouent avec mes impressions de voyage. Que le soleil se cache, et tous les paysages deviennent d’une tristesse infinie.  Qu’un rayon frappe un arbre ou un bâti et on que voit plus que lui.

Mon œil reste accroché sur trois amandiers en fleurs, à moins que ce soit des aubépines. Trop vite passées pour s’en assurer.

Au sortir du tunnel de la Nerthe la roche nous enserre, immenses mâchoires de calcaire. Puis c’est l’Estaque, la mer, le port, la ville….

Le rapport à l’eau, scintillante à cette heure de la journée, nourri la poésie des lieux.

Dans quelques minutes le train nous lâchera dans le ventre de la ville, St Charles, le boulevard d’Athènes, la Canebière, Noailles, le cours Julien, le Vieux port…

Juste avant, la Friche de la Belle de Mai me fait de l’œil. Sous cette paire d’yeux, c’est le jardin de l’olive grise que je tente d’apercevoir. Certainement le coin le plus ensoleillé de la Friche.

Je me souviens alors de cette carte postale adressée aux étudiants de l’ENSP le lundi 9 février 2015. Il était déjà question de lumière…

« Il a fait si beau aujourd’hui à la friche. Une lumière complice y a magnifié vos jardins. Et vous sembliez heureux, vous, jardiniers du bitume, du béton, de la friche. Vous, jardiniers en herbe, qui, à force de persévérance, de convictions, de broyat de feuilles de platanes, années après années, créez un sol, si maigre soit-il, d’où vont finir par émerger au printemps vos semences improbables, vos boutures à l’arraché… En un mot : vos jardins ! Qu’ils soient sur le toit, sur les rails, sur les hauteurs, sous les graphs, sous les cuves, suspendus… Ils vous ressemblent, ils sont pleins d’avenir !

Oui c’était ça, pour moi, Marseille !

Mais tout cela n’était-il qu’un leurre ?

La lumière comme cache misère ?

Le noir tombe soudain sur la ville qui s’écroule.

Un deuil qui éclaire d’un tout autre jour ses quartiers hauts en couleur.

Ne reste plus qu’un sentiment de tristesse infinie,

de révolte aussi.


 

 

 

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