Dire et redire l’histoire des alignements d’arbres en France….

Dire et redire l’histoire des alignements d’arbres en France….

Il est temps de redire l’histoire !

La pénurie de bois qui suivit les défrichages du Moyen Age fut vraisemblablement à l’origine des premières plantations alignements d’arbres au bord des voies. Ainsi, pour des raisons économiques et militaires, Henri II ordonna par lettres patentes, en 1552 «à tous les seigneurs hauts justiciers et tous manants et habitants des villes, villages et paroisses, de planter et de faire planter le long des voiries et des grands chemins publics si bonne et si grande quantité desdits ormes que, avec le temps, notre royaume s’en puisse avoir bien et suffisamment peuplé».

Sully, ministre d’Henry IV, fit lui aussi planter des ormes aux bords des routes et sur les places des villages pour alimenter en bois les constructions et la marine. Les fameux « ormes de Sully » dont on peut voir encore quelques survivants.

A la même époque, dans son « discours sur le planter des arbres, alignement et confusion », Olivier de Serres nous dit : « planter les arbres à la quinquonce et droitement alignés par « rengés », est chose magnifique : mais aussi il semble que ce soit excéder en délicatesse »[1]….

Les alignements d’arbres inscrivaient ainsi chaque aménagement dans son territoire, selon un rapport voulu d’organisation et de références. Pouvoir et confort des usagers ne doivant pas être dissociés.

Au 19ème siècle, la loi du 25 mai 1825 mettant les plantations à la charge de l’Etat, renforce la politique de plantation, indépendamment des changements de régime – Empire, Restauration, République. On reconnait alors aux alignements un rôle technique de stabilisation et d’assainissement de la chaussée et l’avantage de délimiter espace privé et espace public.

En 1845, André Thouin dans son cours de culture, recommande à la sollicitude des administrations, auxquelles elle est confiée, « la partie de l’économie rurale, si négligée en France, du choix de la plantation et de la culture des arbres propres à border les chemins, grandes routes et avenues ». « En effet, rien de donne une plus haute idée de la richesse du sol et de la sagesse du gouvernement, que des routes bien entretenues, bordées de grands et beaux arbres de toute espèce »[2]

Les alignements d’arbres sont ainsi devenus un élément majeur du cadre de vie et constituent des éléments du patrimoine historique et culturel français.

 Tous les départements possédaient des alignements. On estime à 3 millions le nombre d’arbres au bord des 35 000 km de routes nationales françaises en 1895. Sans doute faudrait-il y ajouter ceux bordant les routes départementales et les chemins vicinaux et des canaux [3].

«Les plantations des routes sont extrêmement recommandables au triple point de vue :

– de la conservation et de l’entretien des chaussées,

– de l’ornement des chaussées, de l’agrément des voyageurs et de la circulation dans certaines conditions topogra­phiques et atmosphériques,

– du produit financier des arbres.»(4)

Avec le développement de la circulation automobile le statut de l’arbre en bord de route change. Il devient l’ennemi, un ennemi mortel, promis à l’abattage.

En 1970, visiblement excédé par la situation, Georges Pompidou écrit un vibrant pladoyer pour les arbres d’alignement à son premier ministre Jacques Chaban-Delmas (voir article suivant).

45 ans après, le procès fait aux arbres des bords de route n’a semble-t-il pas changé en France. Et pourtant nous le savons, les arbres montrent la route et ses sinuosités, l’embellisent et peut être même la sécurisent. Ils apaisent les paysages et nos comportements.

[1] Olivier de Serres, Théâtre de l’agriculture et ménage des champs », 1600

[2] André Thouin, Cours de culture, 1845

[3] www.arbresetroutes.org

(4) Circulaire du 21 avril 1897

 

 

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