Envie d’ombre et de fraicheur ? Cherchez l’acanthe…

Envie d’ombre et de fraicheur ? Cherchez l’acanthe…

Voici la fête d’Olympie!  

Tressez l’acanthe et le laurier!  

Que les dieux confondent l’impie!  

Que l’antique audace assoupie  

Se réveille au coeur du guerrier!

Victor Hugo 

Odes et ballades

Les larges feuilles des acanthes se déploient en un bouquet imposant. Elles semblent être à leur aise dans les coins ombragés des jardins, mais également en plein soleil contre les pierres des ruines romaines… dont elles gardent le souvenir. 

L’acanthe est le symbole du contrôle et du dépassement des épreuves de la vie, notamment en raison de ses épines et de sa vigueur.

Acanthe (Akantha) était une nymphe. Apollon, dieu du soleil, voulut l’enlever et elle le griffa au visage. Pour se venger, il la métamorphosa en une plante épineuse qui aime le soleil, et qui porte depuis son nom.

Dans le langage des fleurs, acanthe signifie « Rien ne pourra nous séparer. »

Mais la feuille d’acanthe est surtout réputée pour être le motif utilisé par les Grecs sur la gracieuse colonne corinthienne.

La forme évasée, ornée des feuilles profondément découpées, souples et ondoyantes, qui caractérise le chapiteau corinthien, fit son apparition en Egypte, en Assyrie et dans d’autres contrées d’Orient, avant d’être adoptée par les Grecs. Ceux-ci ont épuré et enrichi les types préexistants, tout en les appliquant à un nouvel ordre d’ architecture.

Chapiteaux de style corinthien de la Maison Carrée à Nîmes (époque romaine) ©Véronique Mure

Si la feuille de l’Acanthe molle (Acanthus mollis) a inspiré les artistes grecs et romains elle a aussi inspiré ceux la Renaissance et des Temps modernes par imitation de l’Antiquité.

C’est à Vitruve (1. IV, c. I,) que l’on doit de nous avoir transmis la légende de l’origine de l’utilisation de la feuille d’acanthe en architecture. Voici l’anecdote, dit il, que l’on raconte au sujet de l’invention du chapiteau de cette colonne. Une jeune fille de Corinthe, arrivée à l’âge nubile, fut atteinte d’une maladie qui l’emporta ; après sa mort, de petits vases qu’elle avait aimés pendant sa vie, furent recueillis par sa nourrice, arrangés dans une corbeille, et déposés sur sa tombe, et pour qu’ils se conservassent plus longtemps au grand air, elle les recouvrit d’une tuile. Cette corbeille avait été par hasard placée sur une racine d’acanthe. Pressée par le poids qui pesait en plein sur elle, cette racine d’acanthe poussa vers le printemps des tiges et des feuilles. Ces tiges grandirent tout autour de la corbeille, puis rencontrant aux angles de la tuile une résistance qui les comprimait, elles furent forcées à leur extrémité de se recourber en forme de rouleau.
Le sculpteur Callimaque, que l’élégance et la délicatesse de son ciseau firent nommer chez les Grecs Kat‹texnow, passant auprès de ce tombeau, aperçut ce panier et les feuilles qui l’entouraient d’une manière si gracieuse. Charmé de cette forme nouvelle, il l’adopta pour les colonnes qu’il éleva à Corinthe. Ce fut d’après ce modèle qu’il établit et régla les proportions de l’ordre corinthien. 

Corbeille de Callimaque (Vitruve).

Cette fascination des romains pour les acanthes, et sans doute des grecs avant eux, s’applique pour certains, à d’autres domaines que l’architecture.

Peut-on parler d’un exemple d’ « impérialisme colonial » dont ils s’inspiraient. Larges feuilles « empoisonnant » toute concurrence par allélopathie dans leur périmètre de vie, fleurs très attractives, mécanisme de ressort pour propulser ses graines au loin, doublé de racines vigoureuses, pour partir à la conquête des territoires environnant… la crème de la crème du colonialisme impérialiste dominant. La feuille d’acanthe serait alors devenue un symbole de puissance, figé dans la pierre des colonnes de temples grecs et romains. 

Pline au premier siècle, dans le livre XXII de son histoire naturelle, en donne une image plus paisible « L’acanthe est une herbe de ville, employée dans la topiaire. Elle a les feuilles dressées et longues; elle revêt les rebords des bassins et les carreaux des parterres. Il y en a deux espèces : l’une ( Acanthus spinosus), épineuse et frisée, est la plus courte; l’autre est lisse, et appelée aussi paederoset mélamphyllos (Acanthus mollis). La racine de cette dernière est excellente pour les brûlures et les luxations. Mangée cuite, surtout avec la décoction d’orge, elle est très bonne pour les ruptures, pour les spasmes, et pour ceux qui sont menacés de phtisie. Pilée et chaude, on en fait un topique pour les gouttes avec sentiment de chaleur. »

Que faut-il en retenir alors  ?

Bien sûr, cette vivace vigoureuse a développé maintes ruses pour occuper le terrain, mais son feuillage spectaculaire et sa floraison généreuse la rendent tellement attractive dans les jardins. Encore faut-il savoir la dompter.

Ses grandes fleurs sont mellifères, adaptées aux visites du lourd bourdon. A maturité, les hampes florales expulsent leurs grosses graines au loin. Elles germeront plus tard un peu partout dans le jardin. Si cela pose un problème, rabattre la hampe après floraison est une parade efficace. Mais l’acanthe a plus d’un tour dans son « sac ». Elle est également dotée de racines puissantes, presque charnues, qui explorent au mieux les terres fraiches et profondes, tout comme les sols secs et pierreux. Chaque tronçon peut donner un nouveau rejet, ce qui fait dire à ses détracteurs qu’elle est difficile à éliminer. Faut-il pour autant s’en méfier ? Ou juste la suivre de près ?

Feuilles d’acanthe ©Véronique Mure
Rejet d’acanthe ©Véronique Mure
Inflorescence d’acanthe naissante ©Véronique Mure
Inflorescence d’acanthe ©Véronique Mure
Inflorescence d’acanthe ©Véronique Mure
Acanthe au mois d’août ©Véronique Mure

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