Etre botaniste au XIXe siècle : Philipp Salzmann, de l’Allemagne à la Méditerranée.

Etre botaniste au XIXe siècle : Philipp Salzmann, de l’Allemagne à la Méditerranée.

Philipp Salzmann naît le 27 février 1781 à Erfurt d’une famille protestante. Son père, pasteur, était considéré comme le Jean-Jacques Rousseau allemand. Après avoir effectué des études de médecine en Allemagne, il vient à Paris en 1806 puis s’installe à Montpellier l’année suivante. Il exerce quelque temps la profession de médecin avant de se consacrer exclusivement à la botanique. Il explore l’Espagne, la Corse en 1820 ainsi que les côtes du Maghreb à plusieurs reprises (1823-24), infatigable explorateur de l’Algérieet enfin le Brésil (1827-1830). 

Le botaniste suisse, Augustin Pyrame De Candolle, directeur du jardin des plantes de Montpellier de 1807 à 1816, dira de lui dans ses souvenirs : Salzmann, Allemand, que j’avais déjà connu à Montpellier, où il est établi, a fait des voyages botaniques à Tanger et à Bahia. Il est venu à Genève consulter mon herbier. C’est un homme fort original, qui vaut mieux que son apparence. [1]

Dans les années 1820 Salzmann est le personnage central d’un réseau de vente de plantes et en est le collecteur.  A travers une série de lettres du botaniste Jacques Gay à Philipp Salzmann,  conservées par le botaniste Jules Emile Planchon, on comprend que Salzmann fait commerce des plantes qu’il récolte dans ces voyages auprès des botanistes en tout genre et que ce commerce passe (en partie ?) par le négoce de Lichtenstein et Vialars à Montpellier. Un négoce de plantes qui est certainement de grande ampleur. 

Avril 1822 – M. Sleven a expédié à MM. Delile et Bouchet, par la voie de Gaffa, et à l’adresse de M. Lichtenstein, des paquets de plantes dont il n’a point de nouvelles. Il me charge de prendre des informations à ce sujet. Je n’ai pas le temps d’écrire à Delile pour cela. Veuillez prier MM. Lichtenstein et Vialars de voir sur leurs registres s’ils ont reçu les paquets réclamés. [2]

On trouve des herbiers à son nom à Strasbourg[3]et à Montpellier[4]

Dans le Flora oder allgemeine botanische Zeitung d’août 1826 Joannem Baptistam ZIZ note en introduction de la liste : Le deuxième fascicule des plantes que Monsieur Salzmann a récolté en Espagne et à Tanger vient de m’atteindre. Le numéro des espèces contenues dans ce numéro suit. Ce fascicule ne peut être donné qu’à ceux qui ont pris le premier fascicule avec moi ou qui le prendront en même temps. Le prix est le même que celui du premier, à savoir 11fl sachs. Le troisième et dernier fascicule, qui contient le nouveau et le plus rare que M. Salzmann a rassemblé au cours de son voyage hispano-africain, suivra bientôt.

Suit la liste et le prix de 25 fr par petite botte de plantes avec les adresses à Montpellier de Vialars et Lichtenstein et JB Ziz à Mayence.

Salzmann donne son nom à un pin méditerranéen qu’il a identifié au début du 19e siècle. Ce pin (Pinus nigra Arnold subsp. salzmannii) est une sous-espèce de pin noir (Pinus nigra Arnold) endémique franco-ibérique. Il fut découvert en 1810 par le botaniste allemand dans les monts de Saint-Guilhem-Le-Désert (Hérault) et décrit par DUNAL, quarante ans plus tard, en 1851. 

Il termine sa vie ruiné par un banquier de ses amis et meurt indigent dans un hospice de Montpellier, le 11 mai 1851.[5]

Pin de Salzmann, Pinus nigra subsp. salzmannii Sylvetum de Clos Gaillard Nîmes ©V.Mure

[1]Pyramus de Candolle (2004). Mémoires et Souvenirs (1778-1841) édités par Jean-Daniel Candaux et Jean-Marc Drouin avec le concours de Patrick Bungener et René Sigrist. Georg Éditeur (Chêne-Bourg, Genève), coll. « Bibliothèque d’histoire des sciences », xv + 591 p.  (ISBN 2-8257-0832-1).

[2]Planchon (Jules-Émile), “Lettres de J. Gay à P. Salzmann”, Bulletin de la Société botanique de France, t. 31, 1883, pp. L-LXVI.

[3]Inventaire herbier de Strasbourg = Salzmann (Philipp) – Variantes : M(onsieur) Salzmann – Dates naissance / décès : 27/02/1781–11/05/1851 – Localité(s) de collecte : Brésil (Bahia), France (Gard), Maroc (Tanger). 

[4]Lorsque Daveau arrive à Montpellier, les herbiers ont tous été transportés dans une grande salle de l’institut de botanique mais demeurent dans le plus grand désordre. Il range d’incomparables herbiers : les collections de la faculté de médecine comprennent entre autres les herbiers de deux anciens directeurs du Jardin botanique, Alire Raffeneau- Delile (1778-1850), également ancien savant de l’expédition d’Égypte, et Auguste Broussonet (1761-1807) ; celles de la faculté des sciences contiennent les herbiers de Victor Jacquemont (1801-1832) pour les Indes, Philibert Commerson (1727-1773) pour l’Océanie, Samuel Perrottet (1793-1870) pour la Sénégambie, Auguste de Saint-Hilaire (1779-1853) pour le Brésil, Carl-Peter Thunberg (1743- 1828) pour Le Cap, ou encore Philipp Salzmann (1781-1851) pour le Brésil; les collections de la faculté de pharmacie comptent notamment les herbiers du Nîmois Pierre de Pouzols (1785-1858), ancien capitaine à la retraite, et de Casimir Viguier (1785-1858). 

[5]Les botanistes et la flore de France – L’âge d’or (1790-1850) – Publications scientifiques du Muséum

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