Jean-Jacques Rousseau botaniste…

Jean-Jacques Rousseau botaniste…

 

Faire de la botanique et herboriser ont toujours été les grandes passions de Jean-Jacques Rousseau.

Je raffole de la botanique : cela ne fait qu’empirer tous les jours, je n’ai plus que du foin dans la tête, je vais devenir plante moi-même un de ces matins, et je prends déjà racine à Môtiers, écrit-il le 1er août 1765 à son ami F.H. Duvernois …

Le 3 septembre 1766, Rousseau écrit à la duchesse de PortlandL’étude de la nature nous détache de nous-même et nous élève à son auteur. C’est en ce sens qu’on devient vraiment philosophe; c’est ainsi que l’histoire naturelle et la botanique ont un usage pour la sagesse et pour la vertu.

Entre le 22 août 1771 et le 11 avril 1773, il rédige huit Lettres élémentaires sur la botanique, adressées à Madame Delessert, affectueusement appelée «cousine», à l’usage de sa toute jeune fille. Ces lettres accompagnaient un herbier commencé la même année composé de plantes vraisemblablement récoltées en Ile-de France. Ce « petit échantillon d’herbier, commencé depuis longtemps, maintenant achevé à la hâte » est remis en mai 1774 à l’attention de Madelon Delessert.

Ce travail constitue l’une des œuvres ultimes de sa vie avec les Rêveries d’un promeneur solitaire (Il meurt 4 ans après). Dans ces lettres élémentaires sur la botanique, le projet de Rousseau dépasse la pédagogie. Sous sa plume, l’art de la description prend de la puissance. Crucifères, papilionacées, labiées, liliacées, ombellifères dessinent un herbier poétique. Dispensant un savoir réel, sa parole rappelle sans cesse que la patience est reine et qu’il y a un art de regarder les choses. Dès la première lettre il est précis sur son projet :

Votre idée d’amuser un peu la vivacité de votre fille et de l’exercer à l’attention sur des objets agréables et variés comme les plantes, me paraît excellente, mais je n’aurais osé vous la proposer, de peur de faire le Monsieur Josse, puisqu’elle vient de vous, je l’approuve de tout mon coeur, et j’y concourrai de même, persuadé qu’à tout âge l’étude de la nature émousse le goût des amusements frivoles, prévient le tumulte des passions, et porte à l’âme une nourriture qui lui profite en la remplissant du plus digne objet de ses contemplations. (…)

Vous avez commence par apprendre à la Petite les noms d’autant de plantes que vous en aviez de communes sous les yeux: c’etoit précieusement ce qu’il faloit faire. Ce petit nombre de plantes qu’elle connoît de vue sont les pieces de comparaison pour étendre ses connoissances: mais elles ne suffisent pas. (…)

D’ailleurs ne connoître simplement les plantes que de vue & ne savoir que leurs noms, ne peut être qu’une étude trop insipide pour des esprits comme les vôtres, & il est à présumer que votre fille ne s’en amuseroit pas long-tems. Je vous propose de prendre quelques notions préliminaires de la structure végétale ou de l’organisation des plantes, afin, dussiez-vous ne faire que quelques pas dans le plus beau, dans le plus riche des trois règnes de la nature, d’y marcher du moins avec quelques lumières. Il ne s’agit donc pas encore de la nomenclature, qui n’est qu’un l’avoir d’herboriste. J’ai toujours cru qu’on pouvoit être un très-grand Botaniste sans connoître une seule plante par son nom; & sans vouloir faire de votre fille un très-grand Botaniste, je crois néanmoins qu’il lui sera toujours utile d’apprendre à bien voir ce qu’elle regarde. Ne vous effarouchez pas au reste de l’entreprise. Vous connoîtrez bientôt qu’elle n’est pas grande. Il n’y a rien de complique ni de difficile à suivre dans ce que j’ai à vous proposer. Il ne s’agit que d’avoir la patience de commencer par le commencement. Après cela on n’avance qu’autant qu’on veut….

Jean-Jacques Rousseau, Lettres élémentaires sur la botanique, à lire dans leur intégralité ici

Retrouver plus d’information sur cet herbier sur le site du Musée Jean-Jacque Rousseau ici

© Musée Jean Jacques Rousseau

https://www.rousseauonline.ch/Text/lettres-elementaires-sur-la-botanique.php

Ils sont 2 commentaires

  1. Musée Rousseau

    Bonjour,
    Nous avons consulté votre site et constaté que le pastel de Jean-Jacques Rousseau par Maurice Quentin de La Tour, qui fait partie des collections de notre musée, n’était pas mentionné comme tel. Il s’agit surement d’un oubli puisque vous l’avez fait pour l’herbier de Madelon Delessert. Nous vous serions reconnaissant de bien vouloir faire cette correction.
    Bien cordialement,
    Musée Jean-Jacques Rousseau, Montmorency


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