La Chélidoine fait-elle le printemps ?

La Chélidoine fait-elle le printemps ?

Dès les premiers jours du printemps, les chélidoines fleurissent sur les bords des fossés, dans les friches ou les fissures des vieux murs de toute l’Europe.  Elles sont même communes en France, en Italie ou encore en Grèce.  Communes mais pour autant d’une grande importance si on en croit les auteurs de l’Antiquité tels que Théophraste, Dioscoride ou Pline.

Ce dernier notamment avait noté que les chélidoines fleurissent à l’arrivée des hirondelles, et se fanent à leur départ. Théophraste était même plus précis,se référant au vent « Chélidonias » qui soufflait pendant dix jours au début de mars.

Ainsi a-t-on pris l’habitude d’associer la chélidoine et l’hirondelle, qui en grec ou en latin, se nomment toutes deux : Khelidonou chelidonium.

Mais le calendrier des saisons n’est pas la seule raison de rapprocher cette Papavéracée à fleurs jaunes, à l’oiseau migrateur. On pensait autrefois que les hirondelles utilisaient le latex orange produit lorsqu’on blesse la plante pour ouvrir les yeux de leurs petits à la naissance. De là à leur accorder des propriétés ophtalmologiques il n’y avait qu’un pas… Ainsi les hommes, prenant exemple sur les oiseaux, firent-ils de la grande-chélidoine, Chelidonium majus, seule espèce du genre Chelidonium,également nommée la grande-éclaire, un remède pour les affections occulaires.

Les ouvrages médicaux et naturalistes de l’Antiquité, dont celui de Pline, font état de ces vertus :

Des animaux aussi ont découvert des plantes, et entre autres la chélidoine (…) Le suc, qui a la couleur du safran, est âcre; la graine ressemble à celle du pavot (…) . On exprime le suc quand elles sont en fleur, et on le fait cuire doucement dans un vase de cuivre, avec du miel attique, sur de la cendre chaude. C’est un remède souverain pour les taies des yeux. On emploie aussi ce suc tout pur dans les collyres appelés, du nom de la plante, chélidoniens. [1]

Dioscoride renchérit :

Le suc cuit au feu de charbon, dans un récipient en bronze avec du miel éclaircit la vue. [2]

C’est également en raison de cette propriété que les Clarisses l’ont choisi comme fleur emblématique de leur ordre, en témoignage des dons attribués à Sainte Claire d’Assise pour la guérison des maladies des yeux : Vengue lou jour de Santa Clara, lus per camin e gent per rara  – Que vienne le jour de sainte Claire, lumière (soleil) par chemins et gens sur les sentiers.

Au Moyen-Age, les médecins adeptes de la « Théorie des signatures » associent la chélidoineau traitement desmaladies de foie,par rapprochement avec la couleur jaune-orangé de son latex. Un usage encore en vigueurde nos jours, en homéopathie notamment.

Longtemps associée également à la magie noire, la tradition populaire attribue à ce « lait de sorcière » de nombreuses propriétés dont celles de ramener les mourants à la vie, redonner la vue aux aveugles, favoriser la clairvoyance et les rêves, le succès des entreprises et les procès, les évasions. Il est dit qu’une chélidoine placée sur la tête d’un malade, le fera chanter s’il doit mourir et pleurer s’il doit vivre. ..

L’usage le plus populaire, qui lui vaut le nom d’« herbe-aux-verrues », est l’application de son latex sur les verrues pour les éliminer …

Les fleurs ont 4 pétales et grand nombre d’étamines. Elles montrent en cela, et bien que de couleur jaune, une certaine ressemblance avec les coquelicots et les pavots dont la chélidoine est une proche parente. Comme toutes les Papavéracées, elle renferme dans son suc plusieurs alcaloïdes aux propriétés cytotoxiques. La pollinisation est assurée par des insectes hyménoptères, diptères, et quelques coléoptères et lépidoptères, attirés par le nectar produit par la fleur. Quant-au fruit, c’est une fausse silique, une capsule allongée avec de petites graines noires munies d’un élaïosome, une excroissance charnue riche en lipides et protéines du goût des fourmis granivores du genre Messor. Ces dernières, appâtées par cette substance, vont les transporter jusqu’à leur nid et ainsi en assurer la dissémination. On parle de myrmécochorie.

Aujourd’hui, la chélidoine, avec ses feuilles molles et son odeur étrange, est considérée comme une « mauvaise herbe ». Une odeur que le botaniste français Joseph-Piton de Tournefort n’hésitait pas à comparer à celle des œufs couvés… C’est une bio-indicatrice des sols saturés en azote. Malgré ce, quelques botanistes s’étonnent de l’injuste oubli auquel a été condamné cette plante médicinale autrefois au cœur de la phytothérapie.

On pourra toujours se consoler en constatant que cette grande-ghélidoine, grande-éclaire, herbe-de-Sainte-Claire, lait de sorcière, herbe-aux-verrues… si elle ne fait pas le printemps, ensoleille les bordsde chemins en ce mois de mars. Et cela fait du bien…

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Notes :

[1]Pline, Histoire Naturelle, XXV, 90

[2]Dioscoride, Sur la matière médicale, II, 173

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