Réconcilier l’arbre et le champ… Tous nos espoirs dans l’agroforesterie !

Réconcilier l’arbre et le champ… Tous nos espoirs dans l’agroforesterie !

 

L’agroforesterie est au coeur de l’actualité de ce mois de décembre.

Coup d’oeil sur une dépêche de l’AFP : « Pour répondre aux défis économiques et écologiques de l’agriculture, le gouvernement (français) espère avoir en 2025 une majorité d’exploitations agricoles engagées dans l’agroforesterie. Replanter des arbres dans les champs pour améliorer la culture du blé ou l’élevage des poules : l’agroforesterie semble une voie prometteuse pour une agriculture plus en harmonie avec l’environnement, mais elle suppose un vrai changement de mentalité des producteurs. » [1]

Réconcilier l’arbre et l’agriculteur, l’arbre et le champ, voilà qui nous semble un vrai défi !

Et c’est dans l’agroforesterie que l’on met nos espoirs ; Le nom à lui seul affiche un vaste programme. Un nom récemment attribué (il a un peu plus de quarante ans) à une pratique pourtant ancestrale. Une pratique ancestrale mais oubliée.

Il n’y a pas si longtemps les champs mariaient encore céréales, vignes, arbres, herbes et légumes, marquant ainsi leur multiplicité. La notion de « champ » n’avait rien de commun avec l’image stéréotypée des monocultures où la même espèce s’étale à l’infini dans un ordre rigoureux. A la fois terre agricole et parcours de cueillette, on y trouvait de tout. Vigne complantée de pêchers, d’oliviers et de figuiers, oliveraie mêlée de vignes, de figuiers ou d’amandiers…

Pline déjà donnait la liste des arbres pouvant être mariés à la vigne : orme, peuplier, figuier, oliviers, cornouillers, tilleuls, érables, charmes, chênes. Par la suite les ouvrages d’agronomes de toutes les époques ont fait mention des avantages et inconvénients de telles pratiques. D’Olivier de Serre (1651) à l’abbé Rozier (1772) en passant par Charles Estienne et Liebault (1680), chacun théorisa sur ces pratiques ancestrales. Si Olivier de Serre émit un avis « mi-figue mi-raisin », il trouvait cependant quelques sympathies entre beaucoup d’espèces et notamment entre la vigne et l’olivier : « Les peschers, aubergers, abricotiers, pruniers, amandiers, sont les arbres qui pour leur peu de branchage (…) nuisent le moins à la vigne. Le figuier et la vigne s’entrainent aussi, mais étant le figuier fort touffu en branchage opprimant la vigne faudra estre fort sobre à y planter… » L’abbé Rozier, quant à lui, vitupèrait contre cette pratique, arguant de la concurrence sauvage à laquelle se livraient ainsi les arbres. Sa sentence était sans appel :« Tout arbre nuit à la vigne autant par son ombrage que par ses racines ».

L’antique « cultura promiscua » où les alignements d’oliviers alternaient avec les vignes et les cultures annuelles existait encore à la fin du XIXème siècle voire au début du XXème. En Aquitaine les joualles mariaient vignes, fourrages, céréales et arbres fruitiers. Dans le Gard des témoignages attestent au XXème siècle de la présence de ces anciennes pratiques polyculturales. Des anonymes : « On plantait souvent une rangée de cerisiers dans les vignes, ou alors on semait le seigle entre les rangées d’oliviers… Ils ne perdaient pas de terrain. » Ou des professionnels comme le « professeur départemental d’agriculture du Gard », Monsieur Convergne, en 1912 :  » Dans quelques régions (du Gard) la vigne est associée à l’olivier ou au mûrier. Cette association, très fréquente jadis, est aujourd’hui l’exception. Il n’en est pas de même pour le cerisier et le pêcher. Presque toujours les jeunes arbres sont (encore) plantés dans une vigne ; celle-ci disparaît peu à peu quand le cerisier devient grand, mais elle s’accommode parfaitement du voisinage du pêcher. »

C’est l’avènement d’un machinisme agricole exigeant en place et en rentabilité qui a éliminé les arbres des champs pour les reléguer au bord des parcelles. En tendant l’oreille on peut encore entendre ce refrain :

« Avant on sulfatait avec les machines à dos, on passait sous les branches… »

« Avant on utilisait des charrues à bras, ensuite avec les gros engins on a arraché les arbres dans les vignes »

« Quand les machines sont arrivées, on a dû tout arracher »

« Quand mon grand père a acheté sa moissonneuse lieuse, il a dû arracher les cordons d’arbres autour des terres »

Cependant vignes vergers et autres cultures en mélange, témoignant de ces pratiques, n’ont pas totalement disparues du paysage. Tous les arbres n’ont pas été arrachés !

Et je suis persuadée qu’il ne faut pas grand chose pour que l’on retrouve la mémoire des cultures mariées.

© V Mure

[1] http://finances.orange.fr/actualites/infos-economiques/l-agroforesterie-les-arbres-au-secours-de-l-agriculteur-afp_CNT00000066nhX.html

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