« Antonio s’adossa à un fayard. Près de son oreille, il entendit un petit sifflement. Il toucha avec son doigt. C’était la sève qui gouttait d’une fente d’écorce. »
Jean Giono
En ces périodes de chahut climatique aux records de chaud ou de froid, de sec ou de pluie, on espère très fort que les arbres arrivent à se défendre de ces agressions saisonnières.
A voir l’écorce des grands arbres, épaisse et toute craquelée je me dis qu’elle protège leur cœur des écarts de température trop grands et l’aide à résister. Ecorce épaisse protégeant les arbres de flammes des feux de la forêt : Ecorce du Chêne liège ou celle du Séquoia géant. Mille feuilles d’écorces protégeant les arbres du froid : celle du bouleau qui peuple les paysages du grand nord. Ecorce verte pour prendre le relais du feuillage mis au repos dans les trop grandes canicules….
Une enveloppe qui offre mille variations et mille services à la plante (protection thermique, imperméabilité, stockage de substances nocives…) et révèle si l’on sait l’observer, l’état de santé de l’arbre.
Lisse, cannelée, boursouflée, fissurée, rugueuse, crevassée, fibreuse, se détachant par plaques, par écailles, en lanière, claire, presque blanche, grise, verte, rouge, marron, cannelle… Structure et couleur sont spécifiques de chaque essence mais évoluent aussi avec l’âge ou en fonction des saisons…
Un vrai travail d’artiste !
Constance Fulda a intuitivement senti cela. Artiste peintre, elle est fascinée par les empreintes d’écorces. Pour elle les arbres parlent à travers leur écorce et il suffit de lire sur leur peau pour comprendre les histoires qu’ils racontent, pour sentir les pluies et les vents qui les ont battus et caressés. Alors de son rouleau d’encre elle effleure leur écorce pour transmettre leurs témoignages. Transcrire ce que l’énergie de la sève trace dans l’espace. Transcrire ces calligraphies toujours belles et obscures. Son travail révèle avec sensualité la force vivante, la force primitive, la force éternelle de ces géants ombrageux.
« Plus j’avance dans ce travail de relevé d’écorces, plus je me rends compte que chaque arbre a quelque chose à dire de différents et d’unique. Et, si le projet est austère : rien que du noir et blanc, rien que la trace des aspérités de l’écorce sur une feuille blanche, la richesse du résultat semble dire qu’un langage est à découvrir. S’il reste obscur, il y a une compréhension intuitive qui transforme chaque élevé en un paysage familier. » (http://fulda.fr)
Une diversité de forme, de structure et de couleur magnifiquement photogénique…
Merci à Cédric Pollet pour sa relecture attentive https://cedric-pollet.com
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